
Passé par les enseignes les plus prestigieuses, l’architecte d’intérieur Alexandre Danan incarne autant de valeurs architecturales que de qualités humaines. Son moteur : la transmission du savoir à une jeunesse qu’il admire.
Le Hilton comme première école. N’est-ce pas le parcours d’un surdoué du design ? Parlez-nous de votre histoire.
En effet, j’ai été formé à haute école il y a vingt ans et j’ai fondé sans plus attendre ma propre agence d’architecture d’intérieur, EDO. S’ensuit la réalisation d’une villa dans le désert marocain où j’ai vécu durant cinq ans. À mon retour en France, les projets d’hôtels, de résidences privées et de restaurants – toujours plus nombreux – se sont accumulés.
Habitué des hôtels Barrière (le Normandy de Deauville, le Gray d’Albion de Cannes…) comment faites-vous pour rafraichir un tel patrimoine sans le dénaturer ?
Préserver l’âme d’un lieu, c’est prendre de la distance. J’admire les Japonais qui analysent le patrimoine existant et savent le mettre en valeur. À l’hôtel Barrière Le Normandy de Deauville, la nouveauté s’est fondue dans le décor selon une logique devenue naturelle. Quand les nouveaux projets se greffent aux anciens, cela crée une continuité.
Vous faites allusion à la culture Japonaise. Simple exemple ou véritable source d’inspiration ?
Le trait japonais m’inspire. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les Japonais ne sont pas si minimalistes et affectionnent les éléments décoratifs. Ils suivent une trame épurée, valable quoi qu’on en fasse. Ce n’est pas de la pauvreté mais une véritable richesse basée sur la rigueur.

L’espace très, très cosy
Que ressentez-vous lorsque vous délaissez les palaces pour des projets plus « hybrides », tels que Maison Mère ?
Dans les palaces il y a des codes. Il faut rentrer dans les codes. Chez Maison Mère, dont le chantier a d’ailleurs été frappé par la crise sanitaire, on n’est pas forcément dans un lieu ou dans une catégorie. C’est un projet « hybride ». Nous sommes tous hybrides, cela est dû à notre époque, en pleine mutation.
Et cela vous inspire ?
J’ai confiance dans le nouveau monde. Nous sommes en période de gestation et la nouvelle génération l’a bien compris. Dans mon agence il y a plein de jeunes femmes dont la façon de penser est novatrice, intuitive. Cette passation est très agréable.
Vous sentez-vous proche des « tendances » architecturales ?
Je ne veux plus de : une chose en remplace une autre. Il y a des effets de mode catastrophiques où on est dans du jetable. Aujourd’hui, on ne supporte plus d’être manipulés, on a usé de notre sens critique. Du pire on a eu le meilleur, selon moi. On opte plus facilement pour le sur-mesure, pour des matériaux durables et résistants. Cela nous rend plus créatifs et respectueux de l’environnement.

…mais aussi un coin travail
En quoi Maison Mère est-il un lieu à part ?
Parce qu’il n’y a pas un seul lieu mais plusieurs. Tout est modulable. Quand vous vous déplacez, rien n’est jamais pareil. Ce qui fait sa différence : nous avons retiré tous les réflexes hôteliers. (1)
Les clins d’œil à la ruche sont omniprésents et subtils à la fois. Y’a-t-il toujours une thématique dans vos projets ?
Chez Maison Mère, j’ai choisi les références apicoles car la ruche est hybride. L’abeille travaille et rentre à la maison. Mes projets suivent toujours un axe, pas nécessairement une thématique. Je procède selon des effets de perspective très efficaces, telle est ma particularité.
Pour vous plaire, un hôtel doit être …
Authentique. Qu’il ait une âme, comme un humain. Tout fonctionne dès qu’on ne triche pas. Ce n’est pas évident de ne pas tricher. Parfois naturellement, on copie. On est tous conditionnés comme des abeilles. On fait partie d’un tout, il y a des courants contre lesquels on ne peut lutter.
Êtes-vous vous-même un grand amateur d’hôtels ?
J’adore les hôtels.
Propos recueillis par Charlotte Engel
(1) Maison Mère c’est un Hôtel 4 étoiles, un lieu de vie : bar à manger & cocktails, co-working café, espace festif et ruche artistique en plein coeur du 9ème arrondissement de Paris.